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Max Weber et la démocratie. Quelques réflexions théoriques

lundi 26 janvier 2009, par Reynaud DALLE NYOUNGUE

Les écrits de Max WEBER ont quelque chose à voir avec la démocratie. La lecture de quelques travaux sur l’auteur du « le savant et le politique », d’« Economie et société » et autres textes importants, attestent cette inclinaison pour la démocratie. Conscient de cette réalité, il nous a semblé intéressant de voir comment la question de la démocratie est abordée par certains de ses lecteurs. Certes, le sujet n’est pas facile car sur ce problème, une importante documentation existe. Celle qui sert de file conducteur ici concerne directement les travaux de Cathérine COLLIOT-THELENE, La ville et la démocratie, pp. 22-38 et David BEETHAM, Max WEBER et les formes de la démocratie, pp.11-22, tous les deux, publiés dans la revue européenne de sciences sociales, sous le titre : Max WEBER. Politique, Histoire et Modernité, t. 33, décembre 1995. Gérard DUPRAT qui a coordonné ce numéro, à élargi le thème général de cette réflexion en y introduisant la question de la « modernité ».

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TYPE D'ARTICLE

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Auteur(s):

Reynaud DALLE NYOUNGUE

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A cette recherche théorique, d’autres apports, notamment les travaux de Jean-Marie VINCENT , éclairent la compréhension de la théorie et la pensée de Max WEBER au sujet de la démocratie. La lecture que l’on va faire n’est pas le résultat d’un travail de spécialiste de Max WEBER. En revanche, il s’agit de la production d’un non initié à la pensée de l’auteur de l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme et pourtant, cet exercice s’impose compte tenu de la nécessité moderne, à savoir le fonctionnement démocratique des sociétés politiques, préoccupé par l’importance de ce sujet et son extension possible en Afrique noire, tentent de comprendre ce phénomène politique à travers les lectures de Max WEBER.

Au-delà de cette remarque préliminaire, l’objectif est ici d’appréhender le cœur de la pensée de cet auteur à travers sa perception de la démocratie. Pour ce faire, les analyses qui suivent ici sont directement tirées des travaux cités plus haut. Eu égard à ces différents apports, la réalité de la démocratie entraîne toujours avec elle, le problème de la légitimité. La difficulté repose ici dans la recherche d’un dénominateur commun à ces deux textes introductifs à la pensée de Max WEBER sur la démocratie.

Pour la commodité de cet exposé, l’étude engagée ici s’articule autour de deux grandes interrogations. Elles rendent intelligible l’organisation de ce travail. Dans une première partie, il s’agira de rechercher, à partir des travaux qui sont à notre disposition, l’origine de la démocratie. L’indice que donne Cathérine COLLIOT-THELENE réside dans la formation de la ville antique. Max WEBER lui même a écrit un livre qui porte justement sur la formation de la ville. Ce document permettra de puiser, à la source, les propos de son auteur. Dans une deuxième partie, il sera question de trouver le lien entre démocratie et légitimité du pouvoir politique.

Le cadre ainsi posé, l’analyse qui suit tout au long de cette réflexion épouse les contours ainsi définis et vise, dans ce contexte précis, à rendre compte de la méthode weberienne sur la question de la démocratie. Considéré comme un « idéaltype » de gouvernement, cet examen prendra des exemples hors de l’Europe afin de voir comment cette forme de gouvernement fonctionne ailleurs, notamment en Afrique. Ce détour ne nous éloigne pas de la pensée de Max WEBER. Il permet tout simplement à mesurer la portée de sa théorie et l’intérêt qu’elle revêt ailleurs, dans la connaissance de ce fait social.

I- L’origine de la démocratie

Selon Max WEBER, la ville antique est à l’origine de la démocratie. C’est aussi ce point qu’observe Cathérine COLLIOT-THELENE pour enfin montrer que Max Weber ne construit pas véritablement une théorie analythique et explicative de l’origine de la démocratie. Cependant, il donne une description relative à son apparition et à son évolution dans le cadre de la ville antique.

Certes, la question de la démocratie apparaît dans ses différents travaux, c’est le cas du texte qui nous préoccupe ici. Pour parfaire son questionnement sur l’origine de la démocratie, Max WEBER en vient à faire un travail comparatif entre la ville antique et celle du moyen-âge pour voir émerger ce qu’il appelle le « domos » . Selon lui, c’est bien le domos qui est à la base de la communauté locale. Cette communauté est construite sur la base de l’ensemble des droits et devoirs du citoyen dans la polis. C’est justement de cette évolution que se développera une conception du droit comme étant d’abord et surtout, «  le produit d’une création volontaire ». Il y a dans ce propos, un clin d’œil adressé à Jean-Jacques ROUSSEAU qui parle, dans le processus de création normative, de « la volonté générale ».

Ainsi, « la loi [qui nait du domos] remplacera la jurisprudence charismatique », laquelle éliminera « les dominations de lignage ». En fait, cette évolution de la démocratie avait un objectif : soustraire le citoyen de la justice « arbitraire » des mains des jurés ignorant le droit. On retrouve ici, en filigrane, cette volonté de doter les villes de spécialistes ou de techniciens du droit. En quelques sortes, il s’agit de créer une bureaucratie au sein de laquelle on voir émerger une « oligarchie ». Cette approche organisationnelle de la société transparaît aussi dans le savant et le politique, tout comme on la retrouve chez Robert MICHELS .

D’ailleurs, selon Robert MICHELS, « [...] on peut parler d’une loi d’airain de l’oligarchie dans les démocratie modernes » . Sur cette même question, on voit surgir, à travers la perception de Max WEBER, des éléments d’une sociologie de la démocratie qui, progressivement, révèle son intérêt personnel pour la compréhension de ce phénomène social et politique. Selon Jean-Marie VINCENT, « il y a en premier lieu chez Max WEBER une théorie de la démocratie de masse comme concurrence oligopolistique entre des partis bureaucratisés. Cette démocratie est représentative parce qu’elle rompt avec la tradition qui fait de notabilités de diverses origines des dirigeants « naturels de la vie politique en fonction de leur position sociales » .

Observée dans la cadre urbain, l’évolution de la démocratie s’intègre entièrement dans une réflexion concernant les conditions de l’émergence de l’Etat moderne. Pour David BEETHAM, rendre intelligible cette tentative d’explication sociologique nécessite, comme préalable, l’élaboration d’une théorie de l’Etat moderne dans ses rapports avec l’économie [qui se mondialise].

Indirectement, cette nouvelle dimension n’est pas mise en lumière dans le texte de Cathérine COLLIOT-THELENE. Cependant, elle tente, comme le fait aussi David BEETHAM, de montrer les limites de la sociologie de Max WEBER concernant la démocratie. Avec prudence, ces deux auteurs mettent en avant, « la pré-domination dans ses analyses [Max WEBER] du pôle autoritaire du groupement politique au détriment du pôle coopératif » .

Avec David BEETHAM, cette limite pose le problème de la légitimité politique. Selon lui, l’apport de Max WEBER sur ce point précis, se traduit par un échec, notamment dans ses tentatives analytiques de la démocratie et du politique. Ne se limitant pas seulement à cette remarque, David BEETHAM cherche, à travers sa connaissance de l’œuvre de l’auteur de Economie et société, à « fournir un critère clair permettant de distinguer les formes de pouvoirs légitimes de celles qui ne le sont pas ; ainsi différencier les différents types de régimes ».

L’analyse que suggère David BEETHAM, au sujet de la démocratie, s’articule autour du concept de « type » ou de «  typologie  » . Cette référence est fondamentalement weberienne et cette classification caractérise toute sa démarche sociologique et explicative des phénomènes [ou faits] observés. La constance des concepts « domination et idéaltype » dans ses analyses, souligne l’importance théorique et pratique de cet apport dans l’examen qu’il fait des rapports politiques.

Dans sa volonté d’actualiser l’apport de Max WEBER dans la connaissance sociologique, et de l’inscrire dans le champ politique. David BEETHAM suggère une alternance qu’il juge « satisfaisante » d’autant plus que, « [...] l’analyse des formes d’Etats, c’est-à-dire des modes de constitution et d’organisation des gouvernements était pour Max WEBER secondaire, figurant à ses yeux simplement comme la façade extérieure de l’édifice politique » .

Le conflit entre le pôle autoritaire et le pôle coopératif justifie la nécessité de la démocratie qui a, dans ce cas de figure, une fonction spécifique : limiter de façon provisoire (et fragile), le pouvoir bureaucratique .En fait, l’étude des institutions politiques des villes antiques tend à montrer le caractère ambivalent de la démocratie. Elle varie dans ses modalités d’exercice et les institutions démocratiques modernes sont l’un de ces modes .

Selon Cathérine COLLIOT-THELENE, Max WEBER tente de faire, tant bien que mal, l’inventaire de la théorie de la démocratie. D’après elle, il y a trois moments dans l’étude de cette question, et la démocratie peut être perçue dans les travaux de Max WEBER dans ces différents registres. 1 – les textes politiques, articles et conférences dont l’analyse relève de l’histoire et des historiens liés à la condition politique de l’Allemagne ; 2 – Le chapitre III, paragraphe XIX ; 3 - et le chapitre IX paragraphe II de sa théorie des « catégories sociologiques ».

A partir de ces trois approches, Max WEBER y expose les conditions et les moyens de ce qu’il nomme « administration sans domination » ou « administration étrangère à la domination » . Cette forme politique est considérée par Cathérine COLLIOT-THELENE comme étant « [...] la démocratie directe ». Sur cette affirmation, il faudrait, à ce propos, admettre que la démocratie directe secrète une autre forme de domination et celle-ci se traduit par la formation d’une « oligarchie » de spécialistes.

Cette perception avait déjà été faite par Robert MICHELS, à travers son étude sur les partis politiques. « Dans la mesure où WEBER ne conçoit pas la possibilité d’une administration qui soit exempte de toute domination, la démocratie directe ne peut être, au mieux qu’une minimisation de la domination » . Elle est, compte tenu de son propre caractère, qualifiée de « cas limite » par Cathérine COLLIOT-THELENE.

Cette hypothèse démocratique révèle les types les plus abstraits de la domination. Indirectement, cet auteur fait référence à un autre texte de Max WEBER lorsqu’elle constate que « la domination des notables s’exerçant gratuitement, pour l’honneur, la gestion des affaires publiques, ou bureaucratie de fonctionnaires formés et de salariés ». Cette alternative pose le problème de l’alternance démocratique. Ce que l’on constate c’est qu’aucune de ces hypothèses n’est réellement démocratique et pourtant, le système politique moderne a pour fondement, la démocratie.

Si l’on tient compte de ces différentes approches de la gestion, on voit apparaître les limites de la démocratie formulée par Cathérine COLLIOT-THELENE. Selon elle, « le choix de la démocratie est limite : ou bien être administrée à bon marché par les gens riches qui acceptent ces fonctions à titre honorifique, ou bien l’être à prix élevé par des fonctionnaires professionnels salariés ».

Jean-Marie VINCENT propose de dépasser cette difficulté. Pour cela, il attribue à la démocratie une nouvelles fonction que l’on ne retrouve ni chez Max WEBER, ni même chez Robert MICHELS. D’après lui, «  la démocratie n’est plus simplement un cadre commode pour la sélection des élites et une lutte de classe bien tempérée, elle se remplit peu à peu d’un contenu bien particulier : elle devient dialogue pour l’aménagement des rapports sociaux » .

Au-delà de quelques remarques, des interrogations demeures et elles portent sur la théorie weberienne de la démocratie. L’innovation de Jean-Marie VINCENT tranche avec les apports de Cathérine COLLIOT-THELENE et modifie complètement ce rapport à la démocratie. Certes, antérieurement à son sa contribution, et cherchant à mieux illustrer la théorie weberienne de la démocratie, Cathérine COLLIOT-THELENE aborde la question de « la domination non légitime [à partir de la typologie des villes] ». David BEETHAM abonde dans le même sens et la question soulevée trouve alors ici toute sa place.

« Quel concept de démocratie présuppose-t-on lorsqu’on se met en quête chez un auteur, quel qu’il soit, d’une théorie de la démocratie ? » . Ce questionnement montre, qu’au-delà du caractère sémantique du concept « démocratie », sa définition n’échappe pas à des considérations d’ordre idéologique et politique. Max WEBER s’appliquera le conseil-recommandation et pour ainsi dire, le reproche qu’il faisait, dans sa correspondance, à Robert MICHELS, à avoir, « [...] de mêler beaucoup trop de considérations éthiques dans son travail scientifique et l’exhorte encore une fois à ne pas se laisser aveugler par ses conviction socialistes » . Cela a conduit l’analyste à suggérer, pour les besoins de ses travaux, une approche scientifique de ce sujet. Eu égard aux enjeux idéologiques, « seul le contenu de la démocratie directe, peut-être, à l’abri de toute contestation » tant politique que sémantique. Il y a donc ici, au cœur de ce sujet, le problème de la légitimité du pouvoir politique qui se pose.

II – La Légitimité démocratique du pouvoir politique

Selon Cathérine COLLIOT-THELENE, « [...] la démocratie signifie des choses extrêmement différentes » . Mais, alors, qu’est-ce que la légitimité ? La réponse à cette interrogation est à la fois juridique, sociologique et politique. D’une manière générale, elle est au cœur du processus démocratique. Ainsi, le concept de démocratie, lorsqu’il s’agit de l’administration de masse, change à ce point sa signification sociologique. De ce point de vue, il est absurde de chercher quelque chose de commun sous ce nom générique de démocratie.

Dans cette quête de légitimité démocratique, Cathérine COLLIOT-THELENE suggère «  [...] d’éviter d’aborder son texte en préjugeant de la forme que doive revêtir une théorie de la démocratie » . Il y a ici, une référence implicite à l’apport de Gaston BACHELARD. Ce philosophe « nous interdit d’avoir des opinions sur ce que nous ne connaissons pas » , tout comme DURKHEIM nous invite à se méfier des « évidences » lorsque nous étudions des faits sociaux. Cela ressort du propos de Cathérine COLLIOT-THELENE formulé autrement dans le cadre son analyse de la démocratie, à travers Max WEBER. Eu égard à ces mises en garde, la démocratie, tout comme la légitimité font parties des faits sociaux qu’il convient d’étudier avec la même rigueur scientifique.

Au regard de ces différents conseils, la démocratie échappe alors au droit naturel pour s’inscrire dans le champ du pôle coopératif, c’est-à-dire dans un cadre politique qui favorise son institution et justifie la légitimité du pouvoir qu’il institue. Cette approche de la question montre le peu de place qu’occupe cette théorie dans la conception de Max WEBER. Pour lui, l’accord rationnel contribue à la compréhension de la démocratie. Pour y parvenir, il a construit « un principe de légitimité politique et démocratique » à partir duquel le « Herrschaft » se matérialise dans le cadre de la relation de commandement et d’obéissance .

Dans ce contexte particulier, ceux qui sont soumis à une instruction, sont censés l’exécuter sans prêter attention à son contenu. Cette instruction trouve sa force de coercition dans la légitimité du pouvoir qui l’ordonne. L’obéissance est le premier effet de la légitimité politique. Cette obéissance est quasi-aveugle qui n’est possible que dans la croyance en la légitimité qui sert à justifier l’exécution d’un ordre quelconque. Sur ce point, David BEETHAM s’oppose à cette conception. Il accorde un rôle prépondérant à la confiance et selon lui, «  [...] la légitimité n’est pas la condition nécessaire au Herrschaft, à partir du moment où l’obéissance aux commandements peut, dans certaines circonstances, être assurée de façon prévisible par la seule confiance » . Cette croyance en la légitimité reste «  concomitante  ». Pour justifier et expliquer cette relation, David BEETHAM s’appuie sur un référent d’ordre empirique.

D’après David BEETHAM, « [...] tous ceux qui exercent le pouvoir, ont un besoin psychologique d’autojustification, et que ces acteurs socialement avantagés ont besoin de considérer leurs avantages comme étant mérités ou légitimes, et non arbitraires » . Ce besoin a une fonction politique, il « [...] sert aussi à maintenir la stabilité du Herrschaft » pour que ceux qui y sont subordonnés croient également en sa légitimité puisque, la seule obéissance basée sur des considérations d’habitudes, d’intérêts égoïstes ou d’inclinaison personnelle est relativement stable » .

La question de la stabilité, du degré de légitimité ou par contraste, entre « Herrschaft légitime et non-légitime » n’intéresse pas Max WEBER. Dès lors, son centre d’intérêt se trouve ailleurs. Cependant, le fondement ou le principe selon lequel la légitimité est revendiquée et les conséquences qui en découlent pour la forme d’organisation du « Herrschaft », sans égard pour le degré auquel cette revendication est effectivement reconnue » , pose problème.

La réponse de David BEETHAM réside dans la classification weberienne du « Herrschaft » ou plus exactement de la domination. Selon lui, il y a chez Max WEBER, trois sortes [ou formes] de « herrschaft ». Chacun a sa propre logique de fonctionnement et obéit à un système relationnel qui lui est propre. 1 – Le Herrschaft légal : il est fondé sur la croyance en l’autorité des réègles établies dans le respect de la procédure officielle . L’obéissance est due à des règles impersonnelles, à un « Beamte » dont la sphère d’autorité est définie selon ces mêmes règles . 2 – Le Herrschaft traditionnel. Il a pour fondement la croyance au caractère sacré de la tradition. Ici, l’obéissance est due à la personne du «  Herr » dont le champ d’autorité est déterminé à sa discrétion dans les limites du respect de la l’esprit des normes et obligation traditionnelles. 3 – Le herrschaf charismatique est, quant à lui, le résultat de la croyance en les qualités exceptionnelles d’un individu remarquable. Dans ce troisième cas de figure, l’obéissance est due à la personne même du « Fuhrer », c’est-à-dire du dirigeant dont l’autorité ne ressort d’aucune règle ni précédant, et dépend de la démonstration continue de ses qualités charismatiques.

Une remarque s’impose ici : dans un premier temps, deux de ces formes du « Herrschaft » appartiennent à la sphère du quotidien et s’oppose à l’extraordinaire ou au charismatique, tandis que, dans un second temps, les deux autres sont des formes d’autorité personnelle, par opposition au caractère impersonnel du « Herrschaft légal » . L’intérêt que Max WEBER accorde à la conception normative de la légitimité résulte du fait qu’elle influe sur le comportement des agents sociaux. On ne saurait cependant, comparer cette fonction à l’éthique religieuse qui peut infléchir le comportement quotidien des couches sociales qui font l’histoire .

Conclusion

A travers « la ville et la démocratie » Cathérine COLLIOT-THELENE cherche à appréhender la théorie weberienne de la démocratie. Cette tentative est moins fructueuse malgré l’approche comparative qui habite sa démarche, notamment lorsque qu’elle observe la « polis antique » et « la vieille médiévale » .

Cette comparaison est cependant méritoire et féconde dès lors qu’elle ne se bornera pas seulement à rechercher « les analogie » et « les parallèles » dans la construction d’un schéma de développements généraux qui sont aujourd’hui à la mode, lorsqu’on étudie Max WEBER. Il est donc question de mettre en évidence la spécificité de chacun des deux développements, si différents dans leurs résultats finaux, et cherchera ainsi à guider l’imputation causale de cette différence de déroulement .

L’intérêt de cette étude porte sur « l’objectivité » permettant de comprendre la réalité de la vie politique dans sa dimension démocratique. Ainsi, «  [...] la signification culturelle de ses manifestations [...] et les raisons qui ont fait qu’historiquement elle s’est développée sous cette forme et non sous une autre » est au centre des préoccupations de cet auteur.

Cependant, il se plait à dire que « le travail libre et le commerce » sont les premiers jalons de la formation de la civilisation bourgeoise. C’est à partir de ces deux données que Max WEBER cherche à comprendre d’abord, et à construire ensuite, les institutions caractéristiques de l’Occident moderne. La liberté bourgeoise dans sa formation, en est la traduction politique retenue. Cette approche comparative dépassera d’ailleurs le cadre antique et médiéval. Elle se transforme en se transposant dans les relations entre l’Occident et l’Orient.

La lecture que propose Cathérine COLLIOT-THELENE monte la fonction de la ville dans cette recherche des origines de la démocratie. Selon elle, « la ville médiévale est, tendanciellement au moins, une entité politique » . Cette autonomie se traduit sur le plan juridique et administratif par la faiblesse des pouvoirs politiques extérieurs à la ville, pouvoirs des princes ou seigneurs féodaux . C’est peut-être la démocratie directe, à moins que cela ne soit la compétition qui existait entre ces pouvoirs extérieurs et ont favorisé ainsi, l’indépendance des villes et leur construction en commune, c’est-à-dire en une entité politique autocéphale .

D’après Cathérine COLLIOT-THELENE, trois critères émergent dans le processus de formation politique de la ville. 1 – L’autonomie juridique et administrative ; 2- la possibilité d’une compétition entre pouvoir. Cela assure et garantit l’indépendance des villes ; 3 – la construction d’un pouvoir autocéphale.

Ainsi, « l’Etat moderne, en sa forme première, celle que Max WEBER qualifie de « patrimoniale-bureaucratique » . De ce fait, « l’autonomie des villes médiévale ne fut donc qu’un intermezzo historique » et « malgré ce caractère extrêmement transitoire, elle constitue un moment majeur de la gestion des institutions de l’Etat moderne » à partir duquel, la question de la démocratie et la justification de la domination non légitime s’expliquent par la cohérence de la ville.

Certes Max WEBER ne dit pas que les villes sont par essence une forme de domination incapable de légitimité, mais que leur constitution et le développement de leur organisation impliqueraient une rupture avec le pouvoir légitimes de l’époque . La référence de Max WEBER au monde médiéval pour fonder sa conception de la démocratie et de la légitimité du pouvoir est faussée puisque, comme le mentionne Pietro ROSSI, «  la cité médiéval n’est pas encore l’Etat moderne ; elle n’st pas une forme de domination rationnelle, organisée sur la base d’une administration bureaucratique [...], elle est le produit d’une usurpation » .

Références :

De JOUVENEL Bertrand, Du pouvoir : Histoire naturelle de sa croissance, Ed. Hachette, coll. Littérature, Paris (éd. 1945) 1972

MICHELS Roberto, Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Ed. Flammarion, Paris 1971,

VINCENT Jean-Marie, Max Weber ou la démocratie inachevée, Editions du Félin, coll. Le temps et les mots, Paris 1998,

Max WEBER, Le savant et le politique, Ed. Plon, Paris préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959.

Max WEBER, Economie et société, Ed. Plon, Paris 1971 ; (édition de poche, Pocket, 1995 ).

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