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Encore une femme victime de la violence conjugale...

jeudi 8 mai 2008, par Ghislaine Sathoud

La violence conjugale s’affiche à travers l’image de cette femme mutilée qui fait dresser les cheveux de la tête ! (1) Une seule idée vient à l’esprit : il faut faire quelque chose ! Il faut agir…Il faut dénoncer la violence…

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Droits et libertés

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Auteur(s):

Ghislaine Sathoud
Ghislaine Sathoud est une écrivaine qui milite pour les droits humains. Elle a publié plusieurs ouvrages. Pour en savoir davantage www.ghislainesathoud.com

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Oui, il faut absolument combattre ce dramatique fléau… Et la lutte contre la violence conjugale est un combat légitime. Depuis que je suis tombée sur cette information choquante, je ne me suis pas encore remise ; l’image affreuse de la victime est gravée dans mes pensées, elle ne me quitte plus. Quoi qu’il en soit, peut-on oublier une telle horreur ? Quand la barbarie décide d’étaler ses performances, les panneaux envahissent les témoins qui s’en souviendront toujours. En effet, si l’amputation d’une femme par son mari suscite déjà de l’émoi, je suis encore plus attristée parce que les raisons de cette violence sont carrément inadmissibles. Il m’a fallu prendre le temps de digérer cette information avant de me pencher sur cette réflexion. C’est une histoire dramatique… C’est l’histoire d’une femme : une histoire qui pourrait être l’histoire de plusieurs femmes, peut-être même l’histoire de toutes les femmes… Toutes les femmes peuvent subir de la violence conjugale. Oui, à travers le monde, des femmes en sont victimes parce qu’elles sont femmes, les discriminations sexistes en question… Mais, l’histoire de Francine Nijimbere, une victime de la bêtise humaine installée dans la province de Makamba, dans le sud du Burundi, est émouvante. Mère d’une fille de quatre ans, elle est désormais totalement dépendante de sa mère qui l’héberge après le déluge qui a chambardé sa vie. Jugez donc par vous-même l’ampleur de la violence… Voici un fait qui confirme l’exactitude des recherches sur la violence conjugale : on dit que l’escalade de la violence conjugale est ascendante… On peut bien déceler la progression de la violence dans la vie de cette femme. En fait, les nuits à la belle étoile, le refus du mari de lui rendre visite à la naissance de sa première fille ; ces témoignages et bien d’autres encore ne sont pas des faits isolés : ils sont inextricablement liés et constituent la courbe progressive de la violence conjugale. Au fait, quelle serait donc la prochaine étape après l’amputation ? Quelle serait le prochain acte violent plus horrible que celui-là ? Pour cette femme, tout a changé. Rien ne sera plus comme avant… elle ne sera plus jamais la même personne. Voilà jusqu’où la violence conjugale peut conduire… Voilà pourquoi je pense qu’il faut condamner cette tragédie… La violence conjugale est un drame : et le cas de cette dame, entre autres, sert de pièce à conviction. Il suffit d’être un humain pour s’opposer à cette barbarie. Voici mon cri de cœur pour dénoncer un phénomène horrible qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Un regard sur la violence

D’entrée de jeu, j’affirme que la violence ne devrait pas occuper une place dans les relations humaines. Elle est destructrice et occasionne des conséquences sérieuses sur les victimes. Et là, on sait que ce sujet est une « corde sensible », d’ailleurs, les interprétations sont diversifiées… À propos de la violence, mes origines africaines me font dire que le seuil de tolérance est assez élevé chez nous. Donc culturellement, on note une tendance à la négligence, la dédramatisation des actes qui sont pourtant des drames, les justifications pour embobiner les victimes…. En fait, les conditions sont réunies pour contraindre les victimes au silence : les faits anormaux sont présentés comme des faits normaux, ou peut-être, des « imprévus ». Ainsi, la violence apparaît parfois comme une preuve d’amour. Une preuve d’amour ça ? Toutefois, la peur du jugement est comme une épée de Damoclès qui pèse sur les têtes de celles qui veulent sortir du cercle de la violence. Et le jugement vient de partout : des hommes et des femmes, des alliés et des détracteurs, de partout… Tout compte fait, on veut décourager les victimes, les dompter pour les déclarer candidates éternelles à tous les sévices qu’elles peuvent subir. Le mariage à tout prix ! Le mariage absolument, même s’il faut y laisser sa peau ? Violence et grossesse Des études révèlent que pendant la grossesse, la femme est exposée à la violence conjugale. En outre, selon les informations de la victime mutilée, le sexe de l’enfant est à l’origine de la colère du mari. Cet exemple est la parfaite illustration de la violence faite aux femmes. On y retrouve des informations abondantes : la dot et ses effets collatéraux, la maltraitance de l’épouse et surtout l’influence de la maternité. Comme le démontrent si bien des recherches, la grossesse est une période de vulnérabilité pour les femmes. La violence conjugale chez les femmes enceintes est très courante.

Vous avez dit dot ?

En Afrique, le mari verse une dot à la famille de la femme pour « officialiser » une relation : à l’occasion de ce mariage coutumier, la famille de la femme et la famille du mari « approuvent » l’union. Cependant, ce symbole suscite beaucoup de réactions aussi bien au niveau du rituel lui-même qu’au niveau de l’ampleur de l’acte posé. Je me suis penchée sur cette problématique dans un essai publié récemment aux éditions L’Harmattan en France (2). Si mon essai exposait le sort des femmes dans mon pays, on retrouve des similitudes dans d’autres pays. L’exposé sur le drame de cette femme Burundaise confirme les proximités traditionnelles dans les pays africains. Par exemple, à la mort de son mari, sa belle-famille en se référant à la dot versée lui « impose » d’épouser un autre homme dans la famille de son défunt mari. Au Congo et dans bien d’autres pays, ce drame est le lot des veuves qui subissent encore d’autres atrocités… Aussi, des voix s’élèvent, à juste titre, pour dénoncer ces coutumes : il faut que ça cesse ! Les « gardiens » des coutumes devraient trouver le moyen de mettre les femmes à l’abri de tous ces abus. À ce propos, au Congo-Brazzaville, comme je le stipulais dans mon essai, des instruments juridiques protègent les femmes. Or, le droit coutumier et le droit civil ne font pas bon ménage. Donc un coup d’épée dans l’eau… De toute évidence, les femmes doivent poursuivre les luttes. La violence s’affiche horriblement, comment tolérer l’intolérable ?

La maternité en Afrique

La maternité est phénomène à la fois bouleversant et préoccupant pour les femmes. Je soulignais déjà dans mes recherches le refus d’accorder du crédit aux révélations scientifiques (3). En effet, des recherches soulignent que l’homme est responsable du sexe de l’enfant. Par contre, selon des rumeurs en Afrique, la stérilité des couples et le sexe de l’enfant sont déterminés par la femme. Alors, des femmes vivent continuellement des drames lorsqu’elles se retrouvent dans l’une de ces situations. L’histoire dramatique de cette Burundaise résume bien les entraves de certaines coutumes sur l’émancipation de la femme. Force est de constater que la pesanteur des coutumes est très forte voire même dangereuse. C’est au nom des coutumes que la victime a épousé son bourreau à la mort de son mari… C’est toujours au nom des coutumes que ces abus se perpétuent… De plus en plus, les veuves refusent de se soumettre à cette tradition. Ces rites du veuvage octroient à la belle-famille un immense pouvoir. De plus, la femme est humiliée : on la considère comme un objet faisant partie de l’héritage qui revient à la famille du défunt. Une chose est certaine, un objet est un objet, un humain est un humain : alors, la femme n’est pas un objet.

Pour conclure

L’autopsie de la condition féminine à l’échelle mondiale démontre que l’émancipation de la femme n’est pas totalement acquise. D’un côté, il y a des gains qui n’existent que sur les textes : en témoigne la discordance flagrante entre les lois et la pratique, l’application réelle des lois. D’un autre côté, on constate que les acquis demeurent fragiles. Finalement, cette instabilité permanente exige une « surveillance » accrue… Et cette même instabilité justifie la pérennité du combat des femmes. Combien de victimes faut-il de plus pour adopter des mesures draconiennes contre les conjoints violents dans les coutumes africaines ? L’exemple de cette femme mutilée pourrait devenir l’étendard de la lutte contre la violence conjugale en Afrique. On pourrait également ajouter d’autres exemples ! En fin de compte, l’heure n’est plus à la « tolérance » ; défendons nos droits ! Qui a dit que les revendications des femmes sont vieillottes ? Nous sommes en face des exemples probants : alors, protégeons les femmes pour arrêter la progression de la violence. Quoi qu’il en soit, la discrimination sexiste est une violation des droits humains…


Notes :
 (1) BURUNDI : « Mon mari m’a coupé les bras parce que j’étais enceinte d’une fille » http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx ?ReportId=77006
 (2) Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, Le combat des femmes au Congo-Brazzaville, Éditions L’Harmattan, Paris, 2007.
 (3) Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, Idem.

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