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11 novembre : jour du souvenir

dimanche 30 octobre 2005, par Michel Chayer

Après les « festivités » annuelles du 6 juin, celles du 11 novembre s’en viennent au pas cadencé, avec drapeaux au vent, majorettes en jupette, larmes de circonstance et coquelicot à la boutonnière pour marquer le souvenir. Mais, se souvenir de quoi au juste ?

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Auteur(s):

Michel Chayer

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Peu de gens connaisse le témoignage de Guy Hallé, qui, d’ailleurs, est probablement disparu corps et âme dans la tourmente de la Grande guerre. Peut être ses cendres sont-elles logées dans le ciment de l’ossuaire de Douamont, nous n’en savons rien car même la Grande Muette ne souffle pas mot sur ce qu’il advint du sous-lieutenant.

Au-delà de la qualité indéniable de sa prose, le texte du lieutenant Guy Hallé est à saveur sociologique, d’autant qu’il y a fort à présumer que l’on est à la veille de recevoir les dépouilles de certains de nos militaires en poste en Afghanistan ; voilà une réalité tangible, et à mon avis complètement dénuée de poésie.

Publié chez Garnier en 1917, la plaquette a été rééditée chez Ysec en 2002 (épuisée) dans la collection Grands Témoins. En postface, Yves Buffetaut y écrit (pp.88-87) notamment que : « Même censuré, (le témoignage de Guy Hallé) demeure l’un des réquisitoires les plus violents jamais écrits contre la guerre. Guy Hallé n’ajoute pas de considérations partisanes et politiques à ce qu’il a vu (…) Il dépeint la guerre dans son atrocité, sans y ajouter de trame romanesque ou dramatique. Cela donne plus de poids à son propos. »

Si le militaire de carrière veut aller au casse pipe, ça le regarde. Encore faudrait-il qu’il sache la nature de la galère dans laquelle il s’embarque au moment de signer son engagement.

Pour le conscrit, le refrain de la marche militaire risque de se transmuter en marche funèbre, peut être même avant qu’il n’ait eu le temps de chier dans son froc, ce qui n’est pas peu dire.

Cordialement,

Michel Chayer


11 novembre [1]

C’est aujourd’hui vers le milieu du jour qu’il est tombé. Les soldats avançaient en tirailleurs, à travers bois et faisaient de grands bonds, la tête basse, très vite, à cause des balles qui passaient, claquant aux arbres, si nombreuses qu’elles faisaient en passant une longue plainte douce, un froissement continu de voile qu’on déchire.

Les hommes tués tombaient la figure dans l’herbe, sans crier, avec un grand choc sourd. Les soldats couraient plus vite et se couchaient pour tirer devant eux, sans rien voir ...

Lui, je l’ai vu tomber. C’est en plein ventre que la balle est entrée. Je ne l’ai pas entendu gémir, mais sa figure est devenue blanche, toute blanche comme une pierre de craie.

Je ne crois pas qu’il ait remué beaucoup, deux ou trois fois peut-être, puis son corps est devenu tout flasque et sa pauvre tête s’est enfoncée dans l’herbe, les yeux grands ouverts. Un peu d’écume rose a coulé sur son col de capote, par les coins de la bouche ....

Vers le soir, il a repris connaissance. Tout autour de lui, sous les arbres, c’est déjà la nuit qui vient, la nuit terrible à ceux qui vont mourir.

Là-bas, on dirait que la bataille s’est tue.

De temps à autre, un coup de fusil claque. Le choc rythmé des gros obus résonne, qui s’en viennent par trois et font, dans la nuit sombre, trois éclairs rouges qui s’allument ...

D’abord, il n’a pas souffert. Sa tête lui semblait légère, si légère qu’il n’a pas su tout de suite ce qui était arrivé. Puis la douleur est tombée sur lui, d’un seul coup, plantant dans sa chair une griffe si dure que tout son corps en a frémi. Alors ceux qui mouraient aussi dans l’herbe, autour de lui, ont entendu le cri terrible que sa pauvre gorge a poussé. Et puis ce cri s’est assourdi très vite, pour devenir la plainte affreuse, si profonde, de ceux qui luttent contre la mort.

C’est à ce moment-là qu’il vous a vue et qu’il s’est mis à vous appeler de tout son être, de sa pauvre chair sanglante, et de son âme angoissée. A vous appeler sans cesse sur ce ton monotone et si triste qu’ils ont tous : «  Maman, maman, maman ! .... » pendant des heures si longues de cette nuit dernière où ses yeux chavirés sous ses paupières blanches, vous ont vue. Et tous autour de lui avaient cette même plainte navrante d’enfant qui souffre.

Dans le fond du bois, un soldat blessé d’une balle à la tête, commandait sans arrêt au fond de son délire : « Avancez, feu, avancez, feu, avancez, feu … » Une autre plainte enfin, pour varier la chanson de ceux qui vont mourir  : « J’ai soif, oh, j’ai soif ». Tout cela faisait une étrange clameur dans l’ombre. Et nous qui l’entendions monter tout autour de nous, couchés en tas, vaincus par l’affreuse fatigue d’un jour de bataille, nous avions le cœur serré d’entendre tous ces mourants souffrir.

Sa voix s’est affaiblie vers le matin, à cause du sang qui s’en allait et qui faisait sous lui une flaque plus grande. Puis son délire a commencé. Alors il a cessé de souffrir et ses yeux vous ont perdue.

Nul ne sait quel songe bizarre a hanté son agonie jusqu’au jour. Il a crié deux fois, du fond de sa torpeur : « Donnez quarante, donnez quarante », et sa voix avait cette monotonie sans accent des dormeurs qui parlent en rêvant…

Enfin, l’aube s’est levée et votre fils est mort, doucement, tout doucement  : ses deux bras se sont étendus à ses côtés. Ses mains, une ou deux fois, ont gratté la terre. Son corps s’est raidi. Sa bouche s’est ouverte et sa face est devenue de cire.

Le soleil de midi, quand il perça sous les branches, éclaira sa figure assombrie et ses lèvres déjà noires. Des mouches, bourdonnant, se sont posées sur son visage ...


[1] Sous-LIEUTENANT GUY HALLÉ, 74e régiment d’infanterie de Rouen, Courgivaux, septembre 1914, « Là-bas avec ceux qui souffrent. » Garnier Frères, 1917., 53 p.

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Il y a 2 contribution(s) au forum.

> 11 novembre : jour du souvenir
(1/1) 7 novembre 2005

> 11 novembre : jour du souvenir

7 novembre 2005   [retour au début des forums]

défilé de zombies le 11 novembre 2005


en parlant du 11 novembre quoi de mieux pour célébrer le jour du souvenir qu’un défilé de zombies dans les rues de montréal RDV le 11 novembre 6h30 du matin au carré viger pour plus d’infos communiquer avec nous à zombis2005@yahoo.com.

répondre  Répondre à ce message

défilé de zombies ?!

8 novembre 2005, par David Côté   [retour au début des forums]


Pas une mauvaise idée ! ;-) Avez-vous un site internet ou qqchose qui explique qui vous êtes et pourquoi j’irais me joindre à vous ?

David

répondre  Répondre à ce message


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